Espace de coworking en Ukraine avec plusieurs personnes en train de travailler
Sidney Lakehal, fondateur d’EXPAT UKRAINE
Sidney LAKEHAL
9 min de lecture

Mis à jour le 6 septembre 2026.

S’installer pour travailler à Kyiv en 2026 ne se résume plus à choisir un espace de coworking dans un annuaire. Le marché des bureaux ukrainien s’est reconfiguré depuis 2022, une partie de l’activité s’est déplacée vers l’ouest du pays, et le cadre légal impose des vérifications préalables. Voici comment décider, entre présence physique, hybride et pilotage à distance.

Un marché de l’espace de travail redessiné depuis 2022

Le paysage des bureaux et du coworking en Ukraine n’est plus celui des guides d’avant-guerre. Depuis le 24 février 2022, une part notable de l’activité technologique et entrepreneuriale s’est relocalisée vers l’ouest du pays. Lviv est devenue un centre de report majeur pour le secteur tech ukrainien : le Lviv IT Cluster indique que 28 % des entreprises technologiques ukrainiennes ont un bureau à Lviv et dans sa région, et qu’environ 40 % des salariés de la région de Lviv y ont été relocalisés depuis d’autres régions.

Cette réorganisation n’a pas provoqué d’effondrement de l’activité. Les exportations ukrainiennes de services informatiques ont connu en 2023 leur premier recul depuis des années, à 6,7 milliards de dollars, soit un repli de 8,5 %, ou 622 millions de dollars, par rapport à 2022, selon l’IT Ukraine Association, à partir des données de la Banque nationale d’Ukraine (publication du 1er février 2024). Au premier semestre 2026, les exportations de services informatiques atteignent 3,343 milliards de dollars, en hausse de 4,1 % sur le premier semestre 2025 (3,210 milliards), selon la même association, à partir des données de la Banque nationale d’Ukraine (publication du 6 août 2026). Pour qui cherche un espace de travail en Ukraine, cela signifie un tissu d’opérateurs toujours actif, mais dont la géographie et les conditions ont changé. Les tarifs et même la continuité d’exploitation des adresses référencées avant 2022 ne peuvent pas être tenus pour acquis : ils sont à vérifier directement auprès de chaque opérateur.

Sécurité et cadre légal : ce qui se vérifie d’abord

Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères rappelle qu’il reste formellement déconseillé de se rendre en Ukraine quel que soit le motif du déplacement, l’ensemble du territoire étant classé en rouge (France Diplomatie, fiche mise en ligne le 17 avril 2025 et mise à jour le 30 mai 2026). Le couvre-feu relève des mesures de la loi martiale : selon l’article 8, partie 1, point 5 de la loi n° 389-VIII du 12 mai 2015 sur le régime juridique de la loi martiale, le commandement militaire et, le cas échéant, les administrations militaires l’introduisent selon la procédure fixée par le Conseil des ministres, dans l’ensemble du pays ou dans certaines localités seulement. La loi martiale et la mobilisation générale restent par ailleurs en vigueur : la loi martiale est prorogée de 90 jours à compter de 5 h 30 le 2 août 2026 par le décret n° 596/2026 du 13 juillet 2026, approuvé par la loi n° 4928-IX du 14 juillet 2026, et la mobilisation générale l’est pour 90 jours à compter du 2 août 2026 par le décret n° 597/2026 du même jour, approuvé par la loi n° 4929-IX du 14 juillet 2026, soit jusqu’au 31 octobre 2026 dans les deux cas.

Ce cadre n’invite en aucun cas au voyage. Il structure au contraire une logique de préparation et de veille : comprendre le marché, cartographier les opérateurs, anticiper les démarches d’entreprise, tout en tenant compte du couvre-feu et des contraintes de la loi martiale. La question du bureau à Kyiv ou ailleurs se pense donc d’abord à distance, et la présence physique éventuelle relève d’un arbitrage personnel encadré par ces recommandations officielles.

Kyiv ou Lviv : comment choisir

Le choix entre la capitale et l’ouest du pays dépend de la nature de l’activité et de la présence attendue sur place. Kyiv conserve son rôle de centre d’affaires, de décision et d’écosystème, avec des infrastructures d’innovation qui ont repris leur activité. Lviv, plus à l’ouest, concentre une part croissante des équipes techniques et se classe deuxième du pays pour le nombre de spécialistes du secteur technologique, selon le Lviv IT Cluster.

Critères à pondérer

  • Nature du travail : une activité entièrement à distance ne requiert pas la même implantation qu’une équipe locale ayant besoin de réunions physiques régulières.
  • Résilience énergétique : aucune source institutionnelle ne publie d’état des équipements de secours des sites tertiaires ukrainiens, qu’il s’agisse de groupes électrogènes, de liaison satellite ou de connectivité de repli. C’est un critère opérationnel à interroger opérateur par opérateur.
  • Proximité des équipes : lorsque le vivier de talents est majoritairement à l’ouest, Lviv réduit les frictions ; lorsque l’activité dépend de l’écosystème de la capitale, Kyiv garde l’avantage.
  • Sécurité et logistique : couvre-feu, accès aux abris, continuité de service et assurances sont à documenter avant tout engagement.

Ce qu’il faut vérifier directement auprès de chaque opérateur

Aucune source institutionnelle ne publie en 2026 d’annuaire fiable des espaces de coworking à Kyiv ou à Lviv avec des tarifs à jour. Les prix des guides de 2020 ne sont plus d’actualité et ne doivent pas servir de référence. Les points à interroger auprès de chaque opérateur sont les suivants : continuité d’exploitation confirmée en 2026, tarifs et durée d’engagement, équipement de secours électrique et internet, capacité d’abri, conditions d’accès et flexibilité des contrats. À titre d’illustration, le parc d’innovation UNIT.City à Kyiv, qui inclut du coworking, dispose d’un site en ligne actif au 6 septembre 2026, où sont annoncés des événements datés d’août 2026 ; il n’y publie pas de décompte d’entreprises hébergées, sa page d’accueil affichant le seul ordre de grandeur « plus de 5 000 » sans préciser ce qu’il dénombre. C’est un exemple d’opérateur en activité, à vérifier pour chaque projet, et non une recommandation exclusive.

Piloter une activité ukrainienne à distance : e-résidence et Diia

Pour beaucoup d’entrepreneurs francophones, la vraie question n’est pas l’adresse du bureau mais la capacité à opérer une structure ukrainienne sans y résider. L’Ukraine a lancé un programme officiel d’e-résidence (uResidency) via la plateforme Diia, présenté sur le portail officiel comme destiné aux indépendants de l’informatique et des industries créatives exerçant en tant qu’entrepreneur individuel : la procédure permet d’obtenir une signature électronique et de gérer son activité en ligne, l’ouverture d’un compte bancaire supposant au préalable, selon la fiche officielle du portail, l’enregistrement comme entrepreneur individuel ; elle n’est pas entièrement dématérialisée, sa troisième étape imposant de se rendre au consulat d’Ukraine pour l’identification. Un e-résident ne peut pas enregistrer de société : la fiche « Can I register an LLC? » du portail indique qu’il ne peut, à ce stade, que s’établir comme entrepreneur individuel (e-resident.diia.gov.ua, consulté le 6 septembre 2026). L’application Diia, qui sous-tend ces services numériques, compte plus de 20 millions d’utilisateurs, chiffre publié le 25 janvier 2024 par le ministère de la Transformation numérique.

Ce dispositif reste toutefois à un stade pilote. Au 6 septembre 2026, il est réservé aux citoyens de Slovénie, d’Inde, du Pakistan et de Thaïlande, pour des entrepreneurs de l’informatique et des industries créatives : la fiche officielle « Who can become an e-resident of Ukraine » du portail ne liste que ces quatre pays. Aucun pays francophone ni aucun accès à l’échelle de l’Union européenne n’est à ce jour intégré au programme. Le sous-point 14.1.56-6 du Code des impôts d’Ukraine définit l’e-résident comme un étranger âgé d’au moins 18 ans, qui n’est pas résident fiscal ukrainien et qui a obtenu les services de confiance électronique qualifiés correspondants ; son point 70-1.2 écarte du statut les citoyens et résidents des États absents de la liste, laquelle ne peut comprendre un État reconnu agresseur ou occupant, inscrit sur les listes noire ou grise du GAFI, ou désigné par la Commission européenne comme présentant des dispositifs insuffisants de lutte contre le blanchiment. Au 6 septembre 2026, le portail officiel affiche toujours l’avis publié le 26 septembre 2025 selon lequel la réception de nouvelles candidatures est temporairement suspendue, dans l’attente d’un format actualisé.

S’implanter localement : le régime Diia City

Les entrepreneurs qui choisissent au contraire une implantation locale et une équipe sur place peuvent examiner le régime Diia City, cadre légal et fiscal dédié aux entreprises technologiques introduit en 2022. Il propose à ses résidents un régime fiscal préférentiel dédié, et le compteur officiel du portail Diia City affiche 4 616 résidents au 6 septembre 2026, ce compteur étant mis à jour en continu. L’entrée dans ce régime suppose de réunir les conditions posées par l’article 5 de la loi n° 1667-IX du 15 juillet 2021, dans sa rédaction en vigueur du 28 août 2025 : une rémunération mensuelle moyenne des salariés et des gig-spécialistes au moins égale à l’équivalent de 1 200 euros, un effectif moyen d’au moins neuf personnes, et un revenu qualifié représentant au moins 90 % du revenu total. Les deux premiers seuils s’apprécient chaque mois civil à compter de celui qui suit le mois d’acquisition du statut de résident Diia City, la rémunération étant convertie au taux de change officiel du premier jour du mois ; le seuil de revenu qualifié porte sur les trois premiers mois civils suivants, puis sur chaque année civile. Une société immatriculée depuis moins de vingt-quatre mois au jour de sa demande peut détenir le statut sans réunir l’ensemble de ces exigences, dans les conditions et au plus tard jusqu’au 31 décembre de l’année civile suivant celle de son entrée dans le régime que fixe la partie 3 du même article.

L’e-résidence pilotée à distance et l’implantation locale sous Diia City relèvent de deux cadres distincts : la première du Code des impôts d’Ukraine (sous-point 14.1.56-6 et point 70-1.2), la seconde de la loi n° 1667-IX du 15 juillet 2021.

Décider en 2026 : la méthode

Le fil conducteur reste simple. Le point de départ est le besoin réel de présence physique, pas l’attrait d’une adresse. Une activité entièrement à distance se pilote par les outils numériques, sans bureau à Kyiv, l’e-résidence restant pour sa part réservée aux citoyens des quatre pays admis. Un projet hybride suppose de choisir entre la capitale et Lviv en fonction de la localisation des équipes, puis de qualifier chaque opérateur sur la continuité, la résilience énergétique et la flexibilité contractuelle. Dans tous les cas, la décision se prépare à froid, en tenant compte de la recommandation formelle du MEAE et de la loi martiale en vigueur, et non dans une logique de déplacement immédiat.

Titre de séjour, numéro fiscal, compte bancaire, enregistrement du lieu de résidence : les démarches d’installation s’enchaînent dans un ordre précis et se préparent avant le départ. Chacune conditionne la suivante.

Voir comment nous accompagnons une installation en Ukraine

Sources

Pour aller plus loin

POUR ALLER PLUS LOIN

Nos outils pour préparer votre expatriation

CULTURE PROFESSIONNELLE

Codes culturels en Ukraine

Les codes culturels qui structurent le travail en Ukraine : communication, hiérarchie, feedback, rythme, confiance.

Explorer la culture →

SIMULATEUR FINANCIER

Salaire net en Ukraine

Calculez votre salaire net en Ukraine à partir de votre salaire brut : impôt à la source et prélèvements applicables.

Simuler mon salaire →
À PROPOS DE NOTRE PÉRIMÈTRE

EXPAT UKRAINE est un cabinet de conseil en expatriation, spécialisé sur la destination Ukraine. Nous n'exerçons aucune activité réglementée. Nos prestations consistent à accompagner nos clients dans la définition et l'organisation de leur projet d'expatriation, hors démarches réglementées. Pour toute question juridique, fiscale ou patrimoniale, nous orientons vers les catégories de professionnels indépendants compétents (avocats, notaires, experts-comptables, conseils en gestion de patrimoine).